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Arts

09

fév
2012

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Catégorie: Arts
Visions du Public

Auteur: Jason Rodi

2062 – vision of the future by René Livernoche

Sur 09, fév 2012 | Aucun Commentaire | Catégorie: Arts, Visions du Public | Auteur: Jason Rodi

Je suis né en 2027. J’ai 35 ans. C’était 18 ans avant son passage. Je dis son passage. Je devrais plutôt dire son bouleversement. Ça a causé tous ces changements dont on se remet encore aujourd’hui. Depuis, plus rien n’est pareil. À tel point qu’on aurait pu repartir le compteur des années après son passage. Remettre ça à zéro. Le nouvel avant et le nouvel après. Depuis le passage, il y a maintenant une unité sur la planète comme l’humanité en a toujours rêvée. C’est certain qu’après avoir presque vécu notre disparition, ça remet la modestie au goût du jour.

Ça n’allait pas trop mal à ce moment là un peu partout. En ’45 on ne s’y attendait pas. Ça été comme soudain. À force de fouiller le cosmos, on découvre bien des choses, mais là, c’était différent. Les catastrophes récurrentes de la nature, ça fait bien des dommages. Les guerres, que ce soit celle de ’15-16 qui a quand même duré 18 mois, ont causé beaucoup de remous, mais jamais comme en ’45. Non, en ’45, y a jamais eu rien de comparable depuis que l’homme se tient debout.

Je me lève un matin. Je me connecte. Pis là, je ressens un malaise dans le dos, quelque chose d’inhabituel. Je prends le scanner pour voir qu’est-ce qu’il détecte. Incapable de réellement donner un diagnostic. J’envoie les résultats à une couple de chums, voir ce qu’ils en pensent. Bizarre. Moi qui a jamais mal à nulle part. Mais dans l’après-midi, les mêmes chums à qui j’avais envoyé mon message me disent qu’eux aussi ils ont commencé à avoir des maux de dos ou ailleurs dans les muscles, en général.

C’est quand on a su que la station géo-stationnaire de la Lune avait été irradiée qu’on s’est mis à vouloir en savoir plus. Ils sont tous morts. Cuits. Là, les gens veulent savoir, pis ça presse. On était habitué depuis une dizaine d’années d’entendre des nouvelles sur les explosions émises par le soleil, mais là cette fois-là, c’était pu pareil. Bon, c’est sûr qu’en 2012, ça date pas d’hier quand même, y avait eu ce genre d’explosion et les scientifiques avaient été étonnés de voir comment la puissance de l’une des explosions de l’année, en fait la première en janvier, s’était transportée aussi rapidement. En 24 heures, la Terre avait encaissé le coup mais sans faire trop de dégâts. Mais en ’45, c’était du sérieux. Pour la première fois que l’homme est en mesure de comprendre un peu ce qui se passe dans le cosmos, on a enregistré une détonation qui ne venait pas de notre système solaire. Et que cette détonation, une méga collision d’étoiles allait souffler non seulement dans notre système solaire mais qui allait provoquer une avalanche de météorites. Des grosses météorites venues d’ailleurs que de « chez-nous ».

Le blast a été filmé par les satellites mais y en a plusieurs qui ont rendu l’âme sur le champ, tant ça cogné. Et soudain, pu rien. Ce qu’a provoqué comme puissance ce blast a mis un peu moins de 48 heures à jeter la planète dans une totale incapacité de fonctionner. Comme tout est entrebranché, quand ça brise, ça brise large. Et c’est là que tout a commencé. La métamorphose de la planète. On repart en neuf. Mais avant, il a fallu gérer le malheur que tout ça a causé. Quand même. La disparition des dinosaures a été une chose. Mais là, c’était nous qui étions menacés. On était pas loin de 9 milliards à se partager (c’est vite dit) la grand Bleue avant que ça arrive. Le dernier décompte des morts qui a été fait en ’46, c’était 7,4 milliards. Autant dire l’extinction, quoi. Ça mourrait, ça souffrait, ça se débattait pour survivre. Les suicides assistés ou non étaient légion. Quand la grande majorité des animaux sont morts, tu réapprends à manger. Quand la végétation a été brûlée, tu manges quoi? Heureusement, y a des parties du monde qui s’en sont tirées mieux que d’autres.

Ce qu’on a su bien après, c’est la pluie qui s’en venait. Une pluie solide, solide comme dans météorites. On n’était pas au bout de nos peines. La pluie de cailloux qui fonçait sur nous, c’était… monstrueux. Tellement que c’était visible à l’œil nu. Lorsque tu vois ça foncer sur toi, tu deviens humble. Qu’est-ce que tu peux faire quand ça arrive, ce régiment-là? On n’avait jamais vu des ennemis pareils.

S’organiser. Ça été ça la force de nos contacts. L’organisation. Le goût de vivre. Le gout de survivre. Y a pu rien qui tenait. On redécouvrait l’entraide. On redécouvrait le système D. On se remettait à travailler avec nos bras, à penser par nous mêmes. On voyait ça foncer sur nous pis on se mettait à espérer. Ça finalement passé, sans qu’on soit atteint. Mais le désordre, le massacre du Blast, lui demeurait.

André Malraux avait prédit que le 21e siècle pourrait connaître un événement spirituel à l’échelle planétaire. En fait, il a vu juste, sans même savoir ce qui s’en venait. Lorsque la vie ne tient qu’à aussi peu de choses, tu ne peux pas implorer un Dieu. Tu t’en remets au système, celui de l’univers. Le jugement dernier tant que tu veux, mais là, c’était plus des rigolades. On s’entraide et laissons tomber les différences. On est sur le même vaisseau et il faut le réparer. On se retrousse les manches et on travaille ensemble. On a tous peur ensemble. Finalement, lorsqu’on a finalement compris que pour survivre, il fallait s’entraider, les choses ont changé. En voyant tous la fin possible de notre monde du même angle, on ne cherchait plus à savoir qui a raison. On a fait un enterrement de première à tous ces vieux mythes et on s’est dit qu’on repartait notre civilisation avec une autre approche.

Au moment où tout a commencé à revenir à un niveau acceptable d’efficacité, on a relancé la société, mais sur des bases nouvelles. On s’est dit : qu’est-ce qui allait bien et qu’est-ce qui allait moins bien? Une des avancées que tous avaient appréciées c’était le traducteur simultané lancé en ‘38. Une petite oreillette et hop, tout ce qu’on entend est traduit dans la langue de notre choix. La barrière des langues à jamais révolue. Ça été jugé comme une priorité lorsqu’on a relancé le cloud pendant la période de reconstruction. Mais ce qui a fait l’unanimité, c’est l’importance de vivre en communauté. Nous étions allés beaucoup trop loin dans notre isolement. On a compris les forces mais surtout les limites des technologies. On a compris qu’en s’entraidant, la vie est plus agréable. Le narcissisme, la vanité, l’égoïsme, le mensonge, la prétention, la domination ont été remisés. On a mis l’égo au frigo.

On n’a pas vaincu la peur parce qu’elle fait partie intrinsèque de ce que nous sommes. Mais on a appris à mieux la contrôler. Alors en 2062, on en est là. On se moque bien des quand dira-t-on sur la fin du monde de 2012.

Lorsque je revois ce que j’ai connu l’année de mes 18 ans, je qualifie cette époque un peu comme le Moyen Âge. Et celle d’aujourd’hui comme une deuxième renaissance. 17 ans de reconstruction avec des gens déterminés ont donné des résultats tellement positifs. On en témoigne aux plus jeunes et on leur dit combien la fragilité de la vie est réelle et pourquoi il faut veiller à mener une vie éclairée, équilibrée. Si les Gaulois craignaient jadis que le ciel leur tombe sur la tête, on a compris des années plus tard leur hantise parce qu’on l’a vécue. On n’est jamais à l’abri de rien.

À 35 ans, je savoure la vie. Je regarde les étoiles avec une certaine appréhension, mais maintenant que je sais hors de tout doute que nous aussi on pourrait connaître le même sort que les dinosaures, ma perspective sur la vie a changé. Et pour le mieux. Une grande leçon positive pour la suite du monde, pour la préservation des choses de la vie. Le mouvement spirituel planétaire en place en mène large. Chacun espère maintenant que ça va durer. Tout ça devient une grande culture du monde mondial de la survivance.

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